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La Chartreuse de Villeneuve d’Avignon ; vous connaissez ?
De la fondation médiévale au projet culturel contemporain
La Chartreuse du Val de Bénédiction de Villeneuve lez Avignon est un ancien monastère fondé au XIVe siècle par le pape Innocent VI. Le toponyme désigne aujourd’hui un monument historique, appartenant à l’Etat ; l’éponyme signale une institution culturelle, porteuse d’un projet singulier.
La Chartreuse est juridiquement constituée par une association (loi 1901) créée en 1973, le C.I.R.C.A. (Centre International de Recherche de Création et d'Animation). Elle est financée par le Ministère de la Culture et de la Communication et subventionnée par les Régions Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département du Gard et celui de Vaucluse, la ville de Villeneuve lez Avignon, bientôt la communauté d’agglomération du Grand Avignon.
Centre Culturel de Rencontre depuis 1973, la Chartreuse s'est fixée pour mission de réaliser la synthèse entre un grand monument ayant perdu sa fonction originelle et un projet intellectuel et artistique ambitieux qui assure son sauvetage et sa réhabilitation.
C'est la relation entre ces deux pôles, patrimonial et artistique, qui caractérise le concept de Centre culturel de rencontre, dont l’originalité, dans les années 1970, a été, selon les termes de la charte des CCR, de réutiliser un lieu patrimonial, de le réinvestir à des fins culturelles, et de rendre compatibles les objectifs de la restauration (préservation du patrimoine) avec ceux de la création et de la recherche artistique contemporaines.
L’expérience de la Chartreuse est emblématique de toutes celles qui ont été menées en parallèle dans ce dernier tiers du XX° siècle dans les divers CCR (24 lieux en France, 19 en Europe et au Canada, dont 4 en Belgique : le Grand Hornu et la Paix-Dieu dans la région Wallonie, Alden Biesen en Flandre, les Brigittines à Bruxelles), expériences qui permettent d'envisager aujourd'hui la mise en œuvre concertée d'orientations communes à portée internationale, et notamment européenne.
Évolution et maturation du projet
Le monument a posé d'emblée la question de son utilisation : que faire d'une quarantaine de maison de moines identiques ? Cette architecture fonctionnelle et répétitive interpellait le projet de restitution complète, une fois la cellule témoin présentée au public. C'est de cette interrogation concrète et persistante, en termes d’usage et d’architecture, qu'est née la vocation actuelle de la Chartreuse.
La construction rigoureuse autour d'espaces à ciel ouvert prévue pour des vies de solitude et de communauté permet l'introspection, la réflexion, et abrite les rencontres dans un havre de paix hors du temps : contexte parfait pour la création artistique, ou tout au moins pour ses étapes préparatoires, dans les nécessaires allers-retours entre frottement au monde et solitude.
De cette logique, l'idée de résidence s'est imposée, et le projet culturel qui en découlait a « irrigué » l’ensemble du monument, sachant que la résidence n'est pas simple mise à disposition de lieux exceptionnels pour des artistes, mais correspond aussi à une politique de valorisation du patrimoine pertinente et appropriée.
A sa création en 1973, le Centre culturel de rencontre s'ouvre à toutes les expériences culturelles. Si le lieu est propice à la résidence, il ne dégage en rien une spécificité théâtrale.
Est ce par pure coïncidence ou par un cheminement souterrain, apanage des hauts lieux, que la Chartreuse choisira six siècles après sa naissance de se consacrer principalement au théâtre ? Alors que le Palais et sa cour d’honneur abritent le plus grand festival du monde, elle semble opposer, dans une constante et muette mise à distance de l’agitation du monde, l’amont silencieux et discret du laboratoire à l’aval exubérant de la représentation, prolongeant ainsi aujourd’hui, mutatis mutandis, la sobriété à laquelle elle doit sa fondation.
La Chartreuse, avec le label de Centre national des écritures du spectacle (CNES) devient en 1991 lieu de recherche, de création et de séjour pour les auteurs dramatiques. Les résidences d'écrivains sont le point de départ d'un ensemble d'activités qui visent à défendre et promouvoir l'écriture dramatique contemporaine.
C’est à ce titre que, grâce à la convention signée en 1999 avec le Gouvernement de la Communauté française, le Ministère de la Communauté française, Wallonie-Bruxelles International et Wallonie Bruxelles Théâtre / Danse, la Chartreuse a pu accueillir chaque année une dizaine d’auteurs, dramaturges et traducteurs belges francophones gratifiés d’une bourse.
Le programme artistique et patrimonial actuel : la Chartreuse numérique:
En 2005, le projet culturel de la Chartreuse s’est ouvert, avec l’accord du CA et le soutien du Ministère et de ses partenaires locaux, à une acception élargie des écritures du spectacle, allant du texte au non exclusivement textuel, intégrant toute forme d’écriture sur l’image, le son, le corps et le mouvement, dans une vigilance attentive à la révolution de l’écrit induite par le développement irrésistible et sans cesse renouvelé de notre environnement numérique (micro-informatique, internet, web 2.0, multimedia, réseaux sociaux de communication).
La Chartreuse développe depuis cette date un projet qui met en perspective écritures du spectacle et mutations de l’écriture. Sans renoncer à la pratique de résidences, qui nous a permis d’accueillir plusieurs centaines d’auteurs et traducteurs de théâtre, et à accompagner des aventures théâtrales dans leur phase de conception, cette nouvelle orientation nous a conduit à inventer un dispositif original de recherche et d’expérimentation appelé sondes .
Sous ce terme, emprunté au théoricien des media Marshall Mc Luhan, nous proposons un format de recherche permettant de juxtaposer des objets disparates et hétérogènes afin qu’ils se commentent entre eux, dans le but de questionner, à partir de l’écriture, l’ensemble des pratiques théâtrales.
L’autre caractéristique innovante du programme Chartreuse numérique a consisté dans le fait que le champ du Patrimoine, qui constitue le second pilier constitutif de l’aventure de la Chartreuse, a été lui aussi été parcouru, dans le même temps, à la lumière des évolutions et inventions techniques. Dans un environnement numérique comparable, celles-ci ont considérablement renouvelé les perspectives de connaissance et de mise en valeur archéologiques, iconographiques et architecturales, au point de modifier substantiellement les contours habituels des pratiques patrimoniales.
Nous entrons maintenant dans le moment le plus passionnant, celui où les axes définis pour le programme artistique et pour le programme patrimonial entrent en phase de convergence.
Dans l’histoire récente de la Chartreuse, un lien entre le Théâtre et le Patrimoine a toujours été recherché, souvent de manière plus intuitive et métaphorique qu’opérationnelle. Ce volontarisme a pu parfois sembler incantatoire (la fable rassurante de l’art substitué à la spiritualité) ou même expiatoire (l’hommage du vice contemporain à la vertu médiévale) : il n’en reste pas moins que le monument s’est toujours confronté au projet artistique, souvent pour le contredire, parfois pour le magnifier, toujours pour l’interroger.
Des artistes (auteurs, metteurs en scène, danseurs, musiciens, comédiens, vidéastes, et tous les artistes du numérique) ont été invités à s’emparer de cette nouvelle donne pour en redistribuer les plis sur la scène polymorphe de la représentation, entre dramaturgie du monument et incrustation du temps et des lieux dans le théâtre.
C’est ce projet que nous proposons à nos amis auteurs, traducteurs, metteurs en scène belges, boursiers de la Communauté française de côtoyer, de partager, s’ils le souhaitent, à l’occasion de leur séjour à la Chartreuse. Ce n’est pas une obligation, nous nous nourrissons des confrontations et nous entendons les critiques, et les artistes belges qui nous rendent visite depuis plusieurs années le savent : nous respectons leurs propres exigences artistiques, et ils trouveront toujours ici un état d’esprit qui doit plus à l’abbaye de Thélème qu’à la rigueur monastique, à Rabelais qu’à Guigues (auteur des « Coutumes de Chartreuse », première règle de l’Ordre)
François de Banes Gardonne
Directeur général
Centre National des Ecritures du Spectacle – La Chartreuse
Soyez à l’affût du prochain appel pour l’année 2012, aux alentours du mois de septembre prochain.
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